Retour à la liste

Exposition :: Zinnia Naqvi — the Translation is Approximate

Exposition :: Zinnia Naqvi — the Translation is Approximate

Dazibao présente la toute première exposition individuelle d’importance de Zinnia Naqvi. Soutenue par la résidence de production-diffusion PRIM-Dazibao, Naqvi a réalisé son premier court métrage de fiction, intitulé Farzana. Cette œuvre vidéo est ici appuyée et mise en contexte par une sélection de travaux antérieurs de nature plus installative ou textuelle. L'exposition explore différents aspects éthiques d’une création artistique fondée sur l’appropriation d’images issues d’un patrimoine familial. Les répercussions du colonialisme sur l'expérience personnelle et la recherche identitaire sont également au cœur du propos développé par l’artiste, qui n’est pas sans aussi questionner le sens profond d’une démarche axée sur le documentaire et le témoignage.

 

Farzana (2021) — 33 min.
the Translation is Approximate (2021) — 10 min. 32 sec.

Ces deux œuvres vidéos s’inspirent d’une captation tournée à la dérobée par Naqvi lors d'une visite à sa famille à Karachi (Pakistan), il y a plusieurs années. Les images témoignent d’un conflit entre sa tante et l’aide domestique de celle-ci, autour de questions financières. Pour moult raisons, l'ambivalence de la situation, la posture socio-économique des deux femmes impliquées dans la scène et la nature même de l’enregistrement qui tangue entre documentaire et voyeurisme, ces images ont longtemps hanté Naqvi.

L'œuvre vidéo, the Translation is Approximate, récupère les images originales tournées par Naqvi en 2013 et trace le cheminement de l’artiste dans sa réflexion sur ce qui l’a motivée à revisiter ce matériel. En plus d’informer la démarche de l’artiste, cette courte vidéo questionne fondamentalement notre rapport à la vérité, mais aussi tout le dilemme entre fiction et documentaire.

Farzana, pour sa part, est en quelque sorte une reconstitution augmentée de la scène initialement captée par Naqvi, dans sa famille à Karachi. L’artiste invite à se glisser dans la peau de chacun des personnages et, ce faisant, examine la politique complexe des classes sociales, le rôle des femmes et du travail domestique. Plus la tension s’amplifie entre les deux femmes, plus le montage des images et du son se raffine, jusqu’à occulter les paramètres qui définissent les notions d’honnêteté, de vérité et de transparence. Ultimement, le film interroge le rôle des images dans notre compréhension de ces notions.

Seaview (2014) — 11 min. 59 sec.

Pour Seaview, Naqvi se rend à nouveau à Karachi (Pakistan), pays d'origine de sa famille. En combinant des vidéos amateurs et des séquences tournées de manière désinvolte avec des textes et des enregistrements audios, Naqvi se penche sur les difficultés de revisiter le passé en tant que femme et artiste. Elle explore les tensions entre les idéaux orientaux et occidentaux par le biais d’une mosaïque de récits et d'expériences. Plus globalement, Naqvi partage ses hésitations quant aux limites qu’impose l’utilisation d'un seul médium pour fournir un juste reflet d'un lieu ou d'une culture.

I’m getting a bit dizzy from the sun and the heat (Another desi with a camera) (2019)
A Border Passage (2019)

Ces œuvres sont extraitea de la série Yours to Discover (2019). Naqvi y revisite des photographies issues du patrimoine familial qui témoignent de la visite de lieux emblématiques au Canada. En actualisant ces images par le biais de reconstitutions où elle endosse le rôle de gens qui lui sont inconnus, l’artiste examine ce que signifie être canadienne à travers son expérience personnelle d’immigrante. D’ailleurs, la portion textuelle de cette œuvre est une sorte de projection fictive de l’histoire de ces inconnus, qui sert aussi de miroir à Naqvi. Il importe de noter que la série Yours to Discover intègre divers autres artéfacts liés à l’enfance comme des jeux de société suggérant des valeurs semblables à celles véhiculées par un site touristique tel que Niagara Falls.

I Can Tell That Centering Myself Is Making You Uncomfortable (2019)
Having My Face On Your Wall Is Not Proof of Inclusivity (2019)
I Don't Know How to Not Exploit My Experience ( 2018)

Ces trois œuvres textuelles sont tirées de la série I Just Have a Lot of Feelings (2018— ). Incisifs, et très personnels, les mots utilisés par Naqvi reflètent les interactions récurrentes de l’artiste avec le racisme, la misogynie, mais aussi la précarité du travail dans le milieu de l’art et les difficultés qui s’y rattachent. Ces travaux font appel à l'humour, au sarcasme et à l'ironie pour cristalliser des expériences personnelles et les relayer à une plus vaste communauté.

Zinnia Naqvi (elle/she) est une artiste interdisciplinaire basée à Tiohtià:ke/Montréal et Tkaronto/Toronto. Sa pratique examine les questions de colonialisme, de traduction culturelle, de langue et de genre par le biais de la photographie, de la vidéo, de l'écriture et de documents d'archives. Ses travaux récents comprennent des images d'archives et des reconstitutions de ces dernières, des films documentaires expérimentaux, des installations vidéos, des œuvres textuelles et photographiques. Ses œuvres invitent le spectateur à s'interroger sur son processus et ses méthodes de travail. Les œuvres de Naqvi ont été exposées au Canada et à l'étranger. Elle a reçu une mention honorable à la Biennale de Karachi 2017 (Pakistan) et est lauréate du Prix nouvelle génération de photographes 2019 organisé par l'Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada. Elle est membre du groupe de travail EMILIA-AMALIA, un collectif féministe intergénérationnel. Naqvi a obtenu un baccalauréat en études photographiques de l'Université X et une maitrise en arts de l'Université Concordia. En plus de la présente exposition, des travaux photographiques récents de Naqvi seront présentés en février 2022 dans le cadre d’une exposition individuelle à la galerie Pierre-François Ouellette (Montréal).

Retour à la liste